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Notre grand tourment dans l'existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu'à fuir cette solitude.
La solitude fait partie de la nature humaine.
Mais, dans notre société aliénante,
la solitude des individus s'en trouve décuplée.
À l'ère de la communication,
jamais la solitude des individus n'a été aussi grande.
l'isolement des êtres
Lorsqu'on parle de solitude, c'est plutôt d'isolement dont il s'agit.
La solitude est inhérente à la condition humaine. Une part de notre être restera toujours inexprimable, incommunicable. Qu'il faut, du reste, assumer. Alors que l'isolement - même si je continue d'employer, comme tout le monde, le mot solitude dans le même sens - est l'état d'une personne qui cesse d'être reliée à ses semblables, ou qui a le sentiment de ne pas l'être - ce qui revient au même.
Tout commence avec la naissance. Le stress, l'angoisse... Aujourd'hui, la solitude.
Avant de naître, l'être est pris en charge. Il est rattaché à un organisme qui le contient. Naître, c'est se séparer de la mère : l'être éprouve alors dans son inconscient un sentiment de rejet. La blessure de la naissance se referme mal. Plus tard, au moment du sevrage, il y aura une nouvelle séparation d'avec la mère, qui rouvrira la blessure de la naissance. Puis, ce sera le départ pour la maternelle... Et toutes les séparations de la vie. Avec, chaque fois, plus ou moins, le même sentiment de rejet qu'on éprouve. Il ne suffit pas sans doute de savoir que tout commence avec la naissance, mais je suppose que d'en prendre conscience aide à accepter la difficulté d'être et de vivre.
Un des pères de la psychologie moderne, le Dr Alfred Adler, a dit : "Être humain, c'est se sentir inférieur." Ce sentiment compte pour beaucoup dans l'isolement d'un grand nombre d'individus. Il est difficile de savoir comment on est perçu par les autres. La plupart des êtres redoutent d'être perçus négativement. Et un grand nombre interprètent la difficulté de savoir ce que pensent les autres, comme la confirmation qu'ils sont perçus de façon négative par l'entourage.
Il suffit de très peu pour entretenir le sentiment que nous éprouvons tous, de notre infériorité. Nous avons tous peur, plus ou moins consciemment, de n'être pas acceptés par les autres, d'être maintenus à l'écart. Il est facile de se percevoir comme rejeté par les autres et de devenir un solitaire, ou plutôt un isolé. Le sentiment d'infériorité, qui favorise l'isolement de l'individu, est souvent entretenu par la vie : on se replie sur soi, par exemple, à la suite d'un échec sentimental - ce qui entraîne la peur d'un nouvel échec et c'est le cercle vicieux.
Un individu peut être un solitaire de tempérament ou le devenir par choix. Mais, à quelques rares exceptions près, le solitaire est souvent un être seul qui souffre de son isolement. Car l'être humain est un animal social.
La solitude est une question difficile à cerner. Elle est diverse dans ses manifestations. Pour certains, elle se traduit par un sentiment d'ennui; pour d'autres, par un état anxieux... Tout ce qu'on peut dire : ils sont de plus en plus nombreux dans notre société les gens qui se sentent seuls, coupés des autres, coupés du monde et qui souffrent d'isolement. De solitude, comme on dit. Ils sont nombreux. Mais combien sont-ils ? C'est difficile à dire.
Parce que la solitude est une souffrance muette. Il est mal vu de se plaindre de sa solitude. On se tait. On garde sa souffrance pour soi. Comme si on avait honte de se sentir isolé.
les causes
L'homme est un animal social. Son besoin de communiquer est fondamental. Nécessaire à son équilibre. Dans notre société, les troubles psychosomatiques, mentaux ou nerveux, causés par l'isolement, sont de plus en plus nombreux.
"... le raz de marée d'information électronique, instantanée et planétaire, isole les individus."
Marshall McLUHAN, in "Actualité" Jan. 80.
Or, cette absence de communication se rencontre à une époque où nous assistons à une multiplication pour ainsi dire infinie des techniques et des sciences de la communication. La simple communication interpersonnelle n'y trouve pas son compte. McLUHAN dit qu'en aggravant la promiscuité des individus, l'environnement que constitue l'information instantanée augmente leur solitude et leur désespoir... -"...promiscuité, dit-il, n'est pas communauté."
Nous sommes dans une situation qui peut sembler paradoxale : d'une part, ce qu'on appelle la présence collective envahit l'espace intérieur de l'individu : son territoire est de plus en plus restreint, dans les lieux publics, il est cerné par les autres, en même temps que de plus en plus submergé par les images et les sons; et, d'autre part, il souffre de l'absence de communauté.
Le genre d'isolement dont souffre l'individu dans notre civilisation urbaine paraît, du point de vue historique, sans précédent : marcher dans la foule pendant des heures sans rencontrer un seul visage connu, rentrer chez soi sans être accueilli par personne, passer seul une soirée après l'autre; sans jamais personne ou presque avec qui communiquer - tout cela est nouveau. Pour extrême qu'elle puisse paraître, cette description s'applique à l'existence de centaines de milliers de personnes dans nos villes.
Notre société est très mobile : les individus vont d'un travail à l'autre, d'un quartier à un autre d'une ville à une autre. Ce qui favorise l'isolement. Curieux paradoxe : ce sentiment d'isolement germe et grandit le mieux en pleine société de masse; et, à cause d'elle, précisément, qui donne à l'individu le sentiment d'être perdu, noyé dans la foule anonyme... En pleine société de masse, l'individu connaît la difficulté, voire l'impossibilité de nouer des relations interpersonnelles.
La société de consommation est ainsi faite que chacun vise à avoir tout ce qu'il lui faut : sa machine à laver, sa voiture, sa télévision, comme si on évitait toute mise en commun des équipements ménagers ou autres - évitant ainsi toute possibilité d'échanges ou de rassemblement. L'habitat moderne encourage l'isolement.
Notre société a poussé de façon excessive la ségrégation naturelle des âges : aujourd'hui, les enfants, les adultes, les gens âgés - chaque groupe a son monde dans lequel les autres ne pénètrent pratiquement jamais. Et cette ségrégation est en partie responsable de l'isolement d'un très grand nombre d'individus.
autrefois
La société reposait autrefois sur des communautés de base : d'origine, d'habitat, de travail, de loisir, etc. L'individu se trouvait naturellement intégré dans ces communautés - ce qui lui permettait de s'exprimer et de s'épanouir.
La famille, en particulier, jouait un rôle important comme lieu des échanges interpersonnels. Je pense à la grande famille qui regroupait les collatéraux : oncles, tantes, neveux, cousins. Elle a été progressivement réduite à la famille nucléaire : le couple et quelques enfants, et on assiste même aujourd'hui à son éclatement.
L'individu devient l'unité de survie. Facteur d'isolement.
Il existait aussi les lieux de rencontre tels que, par exemple, le perron de l'église... Je pense à la sortie de la grand-messe, le dimanche à la campagne, alors que pratiquement tout le monde se retrouvait. Il y avait aussi la place du marché qui était une occasion de rencontre. Au Mexique, on trouve encore ce petit parc au centre des villes, le "zocalo" souvent entouré de cafés terrasses, lieu d'interaction, où s'amorcent les idylles amoureuses, sous le regard discret des anciens.
La croissance démesurée de la ville a entraîné la destruction de l'espace sociologique, par la réduction, puis l'effacement des communautés de base - ce que certains s'emploient aujourd'hui à reconstituer. Il y avait aussi des fêtes qui étaient l'occasion de véritables manifestations collectives et d'échanges interpersonnels; alors que les fêtes sont plutôt aujourd'hui l'occasion des fins de semaine prolongées pendant lesquelles on tend à se replier sur soi. Il n'y a plus l'éclatement sur l'extérieur dont les fêtes étaient l'occasion.
La nostalgie en soi n'apporte rien. Mais elle peut permettre de découvrir certaines règles pour une vie plus harmonieuse. À une époque où nous devons entreprendre de remettre le monde à l'endroit.
l'évolution des mœurs
Le mariage n'est pas une solution à la solitude, contrairement à ce que certains continuent de penser. D'autant moins que l'institution du mariage traverse une crise : l'évolution des mœurs qui favorise une plus grande liberté de l'individu paraît être aussi un facteur de solitude.
Ce qui apparaît comme un progrès sur un plan engendre souvent de nouveaux problèmes à d'autres niveaux. Le nombre de divorces augmente. Et plus spécialement chez les jeunes. On peut interpréter les statistiques d'une manière positive : cette révolution représente, en effet, un progrès vers l'autonomie de l'individu, vers la libération des contraintes imposées par la société. Mais, par ailleurs, le prix à payer est celui de l'insécurité et de la solitude.
Il y a beaucoup à dire sur le célibat en rapport avec la solitude. Le célibat, autrefois considéré comme marginal, est maintenant de plus en plus accepté dans notre société - et doit l'être, du reste - comme une façon normale de vivre : un état qui entre désormais dans la norme élargie. Le célibat, au sens large, comprend aussi les divorcés qui se retrouvent le plus souvent dans une situation comparable à celle des célibataires. Il demeure qu'un très grand nombre de célibataires acceptent mal l'isolement qui découle de leur état; un isolement qui augmente au fur et à mesure qu'on avance en âge. Des recherches démontrent clairement que, dans la majorité des cas, l'état de célibataire est associé à la solitude.
On constate qu'il y a, dans la société actuelle, une insuffisance de structures de rencontres. C'est pour répondre à ce besoin que sont nées des entreprises aussi diverses que nombreuses : les clubs de rencontres, les agences matrimoniales - sans oublier l'usage, à cette fin, des annonces classées. Ces entreprises répondent à un besoin véritable. Leur prolifération est un phénomène caractéristique de notre époque. Même s'il s'en trouve qui ne font qu'exploiter le malheur des autres... Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la clientèle de ces nouveaux médias est relativement jeune. Ces agences ne s'adressent plus, comme c'était souvent le cas autrefois, à des laissés pour compte, à des incasables...
La formule du mariage scientifique repose le plus souvent, en fait, sur les vieilles lois de l'homogamie (la règle veut que les semblables s'attirent : être de même culture, du même milieu, de la même classe sociale...) afin de prévenir les risques d'échec, respectant ainsi les vieilles normes traditionnelles, à quoi s'ajoutent toutefois des informations d'ordre psychologique sur le partenaire.
Ce qui revient à dire que ces nouvelles structures de rencontre permettent, en fait, le plus souvent, de retrouver celui ou celle qui aurait pu être autrefois le fils ou la fille du voisin et de savoir sur votre futur(e) ce que ses frères et sœurs n'auraient pas manqué de vous dire le jour des noces.
Peut-être y a-t-il une réserve à faire à propos de ces entreprises, qui découle d'études dont Vance PACKARD fait état dans Le sexe sauvage : les agences et les clubs attirent "plus spécifiquement les perfectionnistes, les esprits trop critiques, les intolérants, les inflexibles, ceux qui attendent trop des autres et sont, par conséquent, isolés et solitaires."
"Pour avoir si souvent dormi
avec ma solitude
je m'en suis fait presque une amie
une douce habitude
elle ne me quitte pas d'un pas
fidèle comme une ombre
elle m'a suivi ça et là
aux quatre coins du monde
non je ne suis jamais seul
avec ma solitude..."
Georges MOUSTAKI
vaincre la maudite de l'extérieur
La solution à l'isolement se trouve chez l'individu lui-même : dans sa capacité de communiquer. À l'Ère des Communications, nous savons de moins en moins communiquer au plan interpersonnel. Du fait de la complexité des structures de la société.
Certains chercheurs préconisent le développement et la stimulation chez les individus de notre capacité de communiquer. Une formation à la communication leur paraît indispensable pour survivre dans notre société, au même titre que l'éducation sexuelle est devenue nécessaire. Le programme comprendrait de la psychologie (autre chose que l'étude du conditionnement des rats), de la sociologie, de la dynamique de groupe, une initiation aux techniques de communication et à l'échange verbal, une information sur les problèmes du couple, etc. Ces chercheurs pensent qu'avec un certain bagage d'informations sur la communication, les êtres auraient moins de mal à sortir de leur isolement. Il s'agirait, pour un système d'éducation renouvelé, de préparer les individus à se prendre en charge plutôt qu'à être pris en charge...
Certains s'étonneront de ce qu'il faille aujourd'hui tout apprendre, y compris la communication interpersonnelle... "Autrefois", diront-ils... Ce qui est tout à fait exact : autrefois, l'individu était soutenu, orienté, voire dirigé par les structures sociales; il épousait le plus souvent le fils ou la fille du voisin. Mais aujourd'hui, la fille du voisin, ou son fils, ne parle pas toujours la même langue, met souvent des épices étranges dans son riz, quand il (elle) ne porte pas un anneau dans le nez...
Il paraît de plus en plus évident que nous devrons revenir au concept de la famille, comme solution à plusieurs de nos problèmes, dont celui de la solitude. Je ne pense pas ici à la famille restreinte, dite "nucléaire". Mais à un modèle élargi de la famille.
Nous devons, à notre époque de changement, revendiquer le droit de vivre autrement. Le droit de vivre à deux, sans former un couple, à trois, à quatre : de créer des communes, des centres de vie communautaire...
La famille élargie, c'est la famille choisie par affinités. Ce pourrait être aussi une façon d'atténuer la ségrégation des âges : les enfants, les adultes, les vieillards redécouvriraient le plaisir de communiquer.
Nous sommes à une époque d'essais et d'erreurs. À une époque où les modes de vie qui s'écartent de la norme étroite sont non seulement possibles, mais nécessaires. Puisque notre civilisation est en train d'éclater et que nous devons en inventer une nouvelle.
Mais, bien souvent, des expériences qui pourraient être pleines d'enseignement suscitent de la méfiance, voire de l'hostilité. Nous devons tendre à une plus grande ouverture devant des modes de vie différents : accepter que d'autres vivent autrement, dans le respect de la liberté individuelle. C'est dans la diversité des modes de vie, je dirais même dans l'éventail le plus vaste possible des modes de vie, que certains pourront trouver une solution à leur solitude.
Il y a en nous une grande résistance au changement. Nous devons reconnaître le droit de vivre autrement à ceux qui cherchent des solutions en dehors de la norme.
… de l'intérieur
Mais il n'y a pas de solution au problème de la solitude qui ne passe par une prise de conscience de cette solitude, une évaluation du vécu et une prise en charge de l'individu par lui-même.
Pour la plupart, la solution se trouve surtout dans l'attitude qu'il faut modifier. Les autres ne peuvent pas grand-chose. Il ne faut pas attendre le salut des circonstances non plus. La plupart des êtres ont secrètement la pensée qu'il va enfin se produire quelque chose dans leur vie. Mais, le plus souvent, c'est une excuse qu'on se donne. On a peur d'essuyer un refus; peur de s'engager - les relations humaines, ça crée des obligations... C'est une excuse pour ne pas se regarder en face, pour éviter de dénouer les nœuds du psychisme. Encore une fois, c'est souvent une question d'attitude devant la vie.
Si vous êtes un solitaire malgré vous et que vous souhaitez remédier à cette situation, voici peut-être la meilleure recette : le projet. Souvent, on se laisse prendre par son travail ou par ses occupations et puis arrive le temps de s'appartenir et de partager et on se trouve pris au dépourvu. "Qu'est-ce que je fais maintenant ?" Les autres sont souvent déjà occupés... Et on se retrouve seul.
Une planification de la vie, de ses temps de loisirs en particulier, est nécessaire. Il faut parler aux autres, s'organiser. Il peut paraître simpliste d'entrer ainsi dans les détails. Mais une vie intéressante, ça s'organise. Peu en sont conscients, qui restent à attendre, comme si tout dépendait du hasard. Il faut faire pour soi ce qu'on ferait pour d'autres. Si vous deviez, par exemple, organiser la fin de semaine d'un ami de passage... Faites-en autant pour vous-même. Soyez votre meilleur(e) ami(e) : sortez-vous, divertissez-vous, présentez-vous des amis.
Il y a la compagnie des plantes et des animaux. Elle est réelle. Les plantes ont une présence, on peut même leur parler. Il n'y a de risque que si vous croyez qu'elles se mettent à répondre... La présence d'un animal peut aussi apporter un grand réconfort. Mais cela entraîne des obligations. Un dicton zen dit :
"Il faut toujours tenir ses promesses. Même celles qu'on a faites à son chien."
Pour certains, en finir avec la solitude devra passer par l'acceptation de soi : la prise de conscience de l'aspect positif en soi.
L'autodestruction est un lent processus de dévalorisation, de négation de soi-même, qui débouche sur une solitude de plus en plus grande. S'accepter avec ses imperfections. Et accepter les autres avec leurs imperfections. Si nous étions parfaits, nous ne serions pas ici. Il y a, en chacun de nous, cette blessure. Qu'il faut identifier. Avec laquelle il faut vivre. Le fait qu'il y a, en chacun de nous, un vide qui ne sera jamais comblé. Telle est la condition humaine. La recherche de l'impossible est vaine. Il vaut mieux s'accommoder de ce qui est possible. Tirer le meilleur parti du possible.
Parmi les moyens qu'on suggère pour surmonter la solitude, il en est un dont l'efficacité ne fait pas de doute : aider les autres à surmonter leur propre solitude. On peut toujours trouver plus isolé que soi. La solution à tant de problèmes personnels se trouve souvent dans la capacité de s'oublier pour s'occuper des autres.
il y a solitude et solitude
Jusqu'ici, j'ai pris le mot solitude au sens péjoratif et restreint d'isolement.
Mais la Pensée traditionnelle enseigne que la vraie solitude est positive. Le sentiment d'être isolé, vide et déraciné, demeure aussi longtemps qu'on cherche à s'en évader. Je ne parle plus ici de la nécessité d'organiser sa vie, de mettre de la cohérence dans son quotidien, mais d'une expérience que chacun doit faire, qui se trouve au-delà de l'organisation de sa vie et de la cohérence. Il n'y a pas de contradiction, c'est une question de niveau de fonctionnement : à un niveau de fonctionnement, j'organise ma vie quotidienne; à un autre niveau, je me retrouve malgré tout seul avec moi-même sans chercher à fuir... Car la solitude est inéluctable. Comme nous naissons seuls et que nous mourrons seuls.
Mais la conscience de cette solitude est positive. Aussi longtemps que nous cherchons à nous étourdir, nous éprouvons ce sentiment d'isolement; aussi longtemps que nous cherchons à fuir la solitude...
''Toute notre culture, dit KRISHNAMURTI, est basée sur ces évasions.''
L'isolement se trouve transformé dès qu'on cesse de fuir; dès qu'on est décidé à affronter ce qui est. Et la solitude apparaît alors sous son aspect positif. Dans la mesure où notre sentiment d'isolement découle en partie de l'expérience de la naissance, de ce que tout à coup l'être se trouve séparé de ce qui l'englobait, la recherche de son origine cosmique est susceptible de combler petit à petit son vide intérieur, en lui donnant le sentiment d'être rattaché à quelque chose. Il s'agit de s'interroger sur le sens de l'incarnation. De savoir à quoi l'être, ultimement, se rattache. La conviction que l'expérience de l'incarnation a un sens; ou encore une simple ouverture sur une explication positive, est de nature à atténuer la souffrance qui découle du sentiment d'être isolé. Ce qu'il faut surmonter, c'est l'isolement et un certain état d'esprit.
La solitude, au vrai sens du terme, c'est une occasion de silence : de faire un peu le silence et de passer à l'écoute de soi. Il ne faut pas fuir la vraie solitude. Elle est inévitable. Il faut plutôt l'apprivoiser. Et découvrir ce qu'elle peut nous apprendre : le silence qui seul permet d'être à l'écoute de soi.
"La solitude est partout.
L'individu est toujours seul.
Ce qu'il doit faire,
c'est la découvrir en lui-même
et non pas la trouver en dehors de lui."
RAMANA MAHARSH
"Pour avoir si souvent dormi
avec ma solitude
je m'en suis fait presque une amie
une douce habitude
elle ne me quitte pas d'un pas
fidèle comme une ombre
elle m'a suivi ça et là
aux quatre coins du monde
non je ne suis jamais seul
avec ma solitude..."
Georges MOUSTAKI
La Peur.....Des exemples
J'ai peur d'être heurté par l'automobile dont le chauffeur semble avoir perdu le contrôle.
J'ai peur de me noyer si je me laisse attraper par une vague déferlante.
J'ai peur que mon amoureux me quitte si j'exprime ma colère.
Qu'est-ce que la peur ?
La peur est une émotion d'anticipation. Elle informe l’organisme d’un danger potentiel. Ce n’est pas ce qui se produit dans le présent qui représente un danger, mais ce qui pourrait survenir dans un avenir plus ou moins rapproché (quelques secondes, des jours...).
La peur est subjective
L’évaluation du danger est toujours subjective; la peur donc, comme toutes les émotions, est subjective. Dans le premier exemple, on est enclin à considérer la peur comme “objective”, mais elle ne l’est pas plus que dans les deux autres. Dans cette même situation, en effet, un pilote de voiture de course verrait probablement uniquement un défi alors que moi je crains la catastrophe. Cette différence d’interprétation du danger repose sur l’inégalité de notre expérience et de nos habiletés en tant que conducteurs.
Réaliste ou irréaliste
La peur est déclenchée par la perception d’un danger. Cette perception n’est pas forcément réaliste même si celui-ci est vécue comme inéluctable. L’imagination joue un rôle important dans la formation de la perception. L’opération mentale qu’est la perception est constituée de quatre éléments: (1) des faits, (2) des émotions, (3) une production de l’imaginaire et (4) un jugement. (Le sujet de la perception est traité plus en profondeur dans le “Programme Savoir Ressentir”.
Dans le cas de la peur, c’est l’anticipation, donc le fait d’imaginer ce qui pourrait se produire (étant donné les faits observés), qui déclenche l’émotion. La peur de se noyer dans une déferlante de deux mètres (second exemple) apparaît irréaliste pour certains. Mais celui qui n’est pas familier avec les vagues ou qui est craintif dans l’eau pense que cela est plausible. Il s’imagine, être emporté par le reflux ou encore paniquer si la force de la vague le maintient quelques secondes sous l’eau.
Mais l’événement prédit ne se produit pas fatalement. Et en intervenant sur la situation on peut changer le cours des choses. Ceci est vrai dans le cas d’un accident potentiel: ma perception du danger me pousse à agir pour éviter que l’accident ne se produise. J’analyse rapidement le mouvement de la voiture sans contrôle et je conduis mon véhicule de manière à l’éviter.
Cela est vrai aussi dans les rapports interpersonnels. Je peux craindre, comme dans le troisième exemple, que mon ami ne supporte pas l’expression de mes mécontentements et de ma colère. J’appuie cette prédiction sur des faits qui se produisent régulièrement: il m’en veut et s’éloigne pendant un certain temps chaque fois que je me montre mécontente. Mais je puis changer le cours des choses. Si je considère mon expression comme légitime et non abusive, je peux l’inviter chaque fois à s’interroger sur les raisons qui l’amènent à répudier cette émotion en particulier. Il est possible qu’avec le temps et sa collaboration, je puisse exprimer ce genre d’émotion sans menace de séparation.
Manifestations physiques de la peur
La peur s’accompagne d’une série de réactions physiques de mobilisation. Lorsque l’organisme perçoit un danger, les glandes surrénales augmentent leur production d’adrénaline. L’organisme se mobilise alors pour la fuite ou la défense: accélération des battements du coeur, augmentation de l’acuité mentale, décomposition des graisses pour fournir plus d’énergie, etc...
C’est seulement quand le péril est écarté qu’on ressent toute l’intensité des effets physiologiques de la peur. C’est aussi à ce moment où l’attention se relâche qu’on se met parfois à trembler et à prendre complètement conscience de l’ampleur du danger auquel on a fait face.
À quoi sert la peur?
La peur nous avertit de la présence possible d’un danger. L’information qu’elle fournit nous permet de prendre les mesures pour nous protéger. À ce titre, elle est très précieuse et même indispensable à la vie. Les animaux disposent eux aussi de cette émotion protectrice.
Nous avons toutes sortes de réactions devant la peur. Certaines fois ces réactions sont tout à fait fonctionnelles mais à d’autres moments, elles nous handicapent.
La paralysie
Dans certains cas, la paralysie est une réaction protectrice fort efficace. Si j’assiste à un cabriolage où les voleurs sont armés, il est probablement mieux que je me fasse oublier plutôt que de tenter de m’échapper ou de crier de peur. Mais lorsque je rencontre un danger sur la route, il est généralement plus efficace de tenter de l’éviter que d’attendre passivement.
L’évitement
Il est tentant d’éviter, sans discrimination, tout ce qui nous fait peur. Si on vit ainsi, toutefois, on s’aménage une existence qui s’avérera de plus en plus restreinte. Pour gagner de la liberté dans la vie il est nécessaire, au contraire, d’apprivoiser ses peurs.
Jusqu’à quel point et sur lesquelles de nos peurs nous choisirons d’investir sont des décisions que nous devons prendre en fonction de ce qui nous importe. Certains mettront beaucoup d’énergie à vaincre leur peur des hauteurs parce que la montagne les attire, mais choisiront de ne jamais relever le défi de donner une allocution ou de se produire devant les médias, parce que le défi leur semble trop grand ou parce que ces activités ne présentent aucun intérêt à leurs yeux. L’important, pour décider de ce que l’on fait avec une peur, est de prendre soin d’évaluer le prix que nous paierons à l’apprivoiser comparativement à celui de l’éviter.
La négation du danger
À l’opposé de l’évitement on trouve les comportements “contre-phobiques” où la personne fonce, tête baissée, apparemment insensible au danger. Elle aborde le danger en le minimisant ou en ne le considérant pas comme réel.
Une telle attitude amène ces personnes à se lancer dans des aventures qui sont nettement au-delà de leurs forces ou encore à négliger de prendre les précautions nécessaires pour minimiser les dangers.
Le rejet...Des synonymes
être abandonné
éjecté
refusé
exclu
écarté
repoussé
non-désiré
Des exemples
Je me sens rejeté de ce groupe. Les gens ne manifestent aucune ouverture à l'égard des nouveaux arrivés.
Il m'a quittée subitement après vingt ans de vie commune. Je me sens rejetée comme un déchet.
Je crains le rejet si je donne mon opinion devant cette assemblée.
Qu'est-ce que le sentiment d'être rejeté ?
On n'éprouve pas du rejet. On subit un rejet et on éprouve des émotions à ce sujet. La gamme d'émotions déclenchées par le rejet est vaste et d'intensité diverse, mais il s'agit toujours d'émotions pénibles.
À quoi sert le sentiment d'être rejeté?
Parfois le rejet est réel, comme dans l'exemple #2. Non seulement je suis triste de la rupture, mais la manière qu'il a eue de me quitter me donne l'impression que je suis moins que rien à ses yeux. Il est même possible que je remette en question ma propre valeur.
Parfois le rejet est inféré, comme dans l'exemple #2. Je me dis rejeté parce que je suis mal accueilli et que mon inclusion n'est pas facilitée. Je considère la passivité des autres à mon égard comme un rejet.
Si, selon ma conception de la vie, les autres sont tenus de me faciliter l'existence, j'interpréterai automatiquement une attitude de non-coopération comme une fin de non recevoir ou comme un rejet. Si au contraire, je conçois que c'est à moi de faire ma place, les autres n'ayant aucune responsabilité par rapport à ma satisfaction dans la vie, cette attitude me paraîtra acceptable, même si elle m'est désagréable.
Parfois le rejet est appréhendé. Par exemple (#3), je m'attends à être frappée d'ostracisme pour avoir dérangé la majorité de l'assemblée par mes propos.
Quelle que soit la situation, l'émotion que j'éprouve m'informe de l'importance des personnes de qui je crois subir le rejet. Ce sont des personnes à qui j'attribue un pouvoir quelconque, celui, par exemple, de m'apprécier. Ce sont des personnes dont le regard sur moi influencera mon sentiment de valeur ou encore, des gens que j'aime et avec qui je souhaiterais avoir un lien ou une intimité. En fait, la réaction au rejet est particulièrement instructive de deux points de vue:
Mon degré de sensibilité au rejet indique combien je m'assume.
Ma sensibilité au rejet révèle la responsabilité que je confère aux autres dans ma satisfaction.
Ainsi, si je crains souvent d'être rejeté ou si je m'empêche d'agir par crainte du rejet, c'est le signe que j'ai encore du travail à faire pour m'assumer devant les autres.
Si je vois du rejet dès que les gens ne se proposent pas pour prendre mes besoins en charge, c'est le signe que je leur laisse la responsabilité de ma satisfaction.
Enfin, s'il m'arrive souvent d'être réellement rejetée, il y a lieu de me questionner sur les moyens que j'utilise pour avoir un tel impact sur les autres.
La timidité...Des exemples
Avec tous ses diplômes, il m'intimide. Jamais je n'oserais dire mon opinion devant lui.
Il m'a complimentée devant tout le monde. J'étais vraiment intimidée!
Qu'est-ce qu'être timide ?
Être timide n'est pas une émotion, c'est une façon d'être. Plus précisément, c'est un qualificatif qu'on attribue habituellement de l'extérieur à la manière d'être de quelqu'un.
L'expérience d'être intimidé ou timide, consiste essentiellement à un désir de se cacher par crainte de s'exposer aux jugement des autres. La tendance à sa faire disparaître est éprouvée comme un résultat de la timidité alors qu'en réalité elle en est plutôt la cause principale.
À quoi sert la timidité?
La personne timide est réservée dans son expression. Elle cache ce qu'elle vit et ce qu'elle est. Si elle se comporte ainsi, c'est essentiellement parce qu'elle craint les jugements ou parce qu'elle n'a pas suffisamment d'assurance pour affronter la critique.
Mais en se cachant, elle évite la plupart des occasions d'assumer devant d'autres ce qu'elle vit. C'est ce qui l'empêche de bâtir son assurance et entretien sa timidité. (Pour aller plus loin sur ce sujet: Voir "La confiance en soi")
Le premier exemple illustre bien la peur de ne pas être à la hauteur et l'évitement systématique qui s'ensuit. C'est le modèle de comportement " ...jamais je n'oserais..."
Lorsque la timidité est ainsi le prétexte pour éviter de vivre une situation difficile, elle se renforce elle-même. En effet, en renonçant à une occasion de m'assumer (ici, exprimer mon opinion en affrontant le jugement d'une personne qui m'impressionne) j'obtiens deux résultats négatifs: non seulement je n'augmente pas ma capacité de me porter, mais en plus, je baisse encore un peu dans mon estime. La prochaine fois, la difficulté sera encore plus grande.
Le deuxième exemple présente un "moment de timidité". Je suis embarrassée par le compliment et j'éprouve sans doute de la "gêne". Celle-ci prend place lorsque je cherche à cacher mon plaisir ( Pour en savoir plus, voir la fiche explicative de la gêne ). C'est effectivement le cas dans cet exemple. Je m'inhibe plutôt que de faire voir ouvertement le contentement que le compliment m'a procuré et de tenter de l'assumer.